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Voyager dans le pays de Tendre - 02-11-2010
Voyager dans le pays de Tendre.
Se dit d’une personne dont les propos et la conduite annoncent un penchant décidé pour l’amour.
Fontenelle a fait usage de cette expression en parlant de la reine Elisabeth d’Angleterre, qui, comme on sait, joignit aux qualités d’un grand roi la coquetterie d’une femme. « Elisabeth, dit-il, faisait « peut-être quelques pas dans le pags de Tendre, mais assurément elle se gardait bien d’aller jusqu’au bout. »
On emploie aussi dans le même sens l’expression voguer ou naviguer sur le fleuve de Tendre, qu’on trouve dans ces vers de la dixième satire de Boileau :
Puis bientôt en grande eau sur le fleuve de Tendre
Naviguer à souhait, tout dire et tout entendre.
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Conter fleurettes - 02-11-2010
Conter fleurettes.
Cette expression, qui signifie tenir des propos galants, est venue, suivant la remarque de Le Noble, de ce qu’il y avait en France, sous Charles VI, des pièces de monnaie marquées de petites Heurs et nommées, pour cette raison, florettes ou fleurettes, de même qu’on nomme encore florins une monnaie d’or ou d’argent qui portait primitivement l’empreinte d’une fleur. Ainsi conter fleurettes aurait d’abord signifié compter de l’argent aux belles pour les séduire, ce qui est bien souvent le moyen le plus persuasif.
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Il ne faut pas découvrir le pot aux roses - 02-11-2010
Il ne faut pas découvrir le pot aux roses.
C’est-à-dire les choses qu’on veut tenir secrètes, et particulièrement les mystères de la galanterie ou de l’amour.
La rose, dont le Tasse a dit d’une manière si charmante : Quanta si mostra men, tanto e più bella, « Moins elle se montre, plus elle est belle, la rose c’était dans l’antiquité le symbole de la discrétion, et la riante mythologie avait consacré cette idée en racontant que l’amour avait fait présent de la première rose qui parut sur la terre à Harpocrale, dieu du silence, pour l’engager à cacher les faiblesses de Vénus. De même que la rose a son bouton enveloppé de ses feuilles, on voulait que la bouche gardât la langue captive sous les lèvres . Quand on faisait une confidence à quelqu’un, on avait soin de lui offrir une rose comme une recommandation expresse de respecter les secrets dont il devenait dépositaire. Cette fleur figurait surtout dans les festins : tressée en guirlandes destinées à couronner le front et la coupe des convives, ou placée par bouquets sous leurs yeux, elle servait à leur rappeler que les doux épanchements nés de la liberté qui régne dans les banquets doivent toujours être sacrés. Nos bons aïeux avaient adopté cet aimable usage, qu’ils rendaient plus significatif encore en exposant sur la table un vase de roses sous un couvercle, et le proverbe est venu de cet usage, qui n’est peut-être pas entièrement tombé en désuétude, car des personnes dignes de foi m’ont assuré l’avoir vu, et moi-même j’en ai été témoin dans une petite ville du département de l’Aveyron.
Les Allemands, pour recommander de ne pas trahir une confidence, se servent de la formule suivante : Ceci est dit sous la rose.
Cette formule est également familière aux Anglais, et voici comme elle a été expliquée par Newton dans l’Herbier de la Bible, p. 233-254 : « Quand « d’aimables et gais compagnons se réunissent pour faire bonne chère, ils conviennent qu’aucun des joyeux propos tenus pendant le repas ne sera divulgué, et la phrase qu’ils emploient pour garantie « de leur convention est que tous ces propos doivent être considérés comme tenus sous la rose car ils ont coutume de suspendre une rose au-dessus de la tabie, afin de rappeler à la compagnie l’obligation du secret. »
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Les tisons relevés chassent les amoureux - 02-11-2010
Les tisons relevés chassent les amoureux.
Dicton fondé sur un usage très-ancien, d’après lequel une jeune fille, lorsqu’elle voulait se débarrasser des poursuites d’un jeune homme qui la recherchait en mariage, lui donnait rendez-vous chez elle, et courait se cacher, à son arrivée, après avoir relevé les tisons du feu, lui signifiant par là sans doute qu’ils ne devaient pas avoir l’un et l’autre un foyer commun.
Il se pratique encore aujourd’hui quelque chose d’analogue dans le département des Hautes-Alpes, où les belles congédient les galants en leur présentant le bout non allumé d’un tison.
L’usage symbolique de notifier un refus de mariage en offrant aux yeux des prétendants les tisons relevés, c’est-à-dire le foyer sans feu, donna lieu dans la suite à une superstition dont il reste encore quelque vestige : ? « Lorsqu’il y a une femme veuve ou quelque fille à marier dans une maison, dit le curé Thiers, et qu’elles sont recherchées en mariage, il faut bien se donner de garde de relever les tisons, parce que cela chasse les amoureux. » (Traité des Superst., t. III, p. 455.)
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Le riche s?attriste pendant que l?amoureux danse - 02-11-2010
Le riche s’attriste pendant que l’amoureux danse.
Ce proverbe oppose franchement les joies de l’amour aux soucis de la richesse et semble vous dire : Préférez ce qui dilate le c?ur à ce qui le resserre.? Il nous est venu de la langue romane, et il se trouve dans ce vers du troubadour Pierre Cardinal :
El rie dirais menlre l’amoros dansa.
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Amoureux des onze mille vierges - 02-11-2010
Amoureux des onze mille vierges.
On appelle ainsi celui qui devient amoureux de toutes les femmes qui s’offrent à sa vue.
Cette expression rappelle la légende des onze mille vierges. Voici ce que l’abbé Salgues a dit sur cetle légende, qui passe aujourd’hui pour apocryphe.
« Croyez-vous que sainte Ursule soit partie de Londres pour la basse Bretagne, avec onze mille vierges qui devaient épouser les onze mille soldats du capitaine Conan, son fiancé, et peupler le pays ? Croyez vous qu’une tempête miraculeuse les ait jetées dans les bouches du Rhin, cl qu’elles aient remonté le fleuve jusqu’à la ville de Cologne, alors occupée par les Huns, qui servaient l’empereur Gratien? Croyez vous que ces impertinents aient voulu leur faire la cour un peu trop brusquement, et qu’irrités d’être repoussés avec trop de fierté ils les aient mises à mort pour leur apprendre à vivre? Nos bons aïeux le croyaient certainement, puisqu’ils célébraient annuellement, le 22 octobre, la fêle de ces chastes héroïnes. Mais, comme il n’est rien dans le monde sans contradiction, des critiques sourcilleux et difficiles ont contesté la vérité de ces récits. Ils ont fait d’abord observer que le nombre de onze mille vierges était un peu fort, qu’on aurait eu de la peine à le trouver dans les meilleurs temps du christianisme, et c|iic le martyrologe de AVandelbert, composé en 850, et l’un des plus estimés des connaisseurs, n’en a porté le nombre qu’à mille, ce qui est encore beaucoup. Ensuite ils ont soutenu qu’il fallait pousser la réduction encore plus loin, et ils ont porté l’esprit de réforme jusqu’à effacer d’un trait de plume dix mille neuf cent quatre-vingt-neuf vierges, de sorte qu’ils n’en ont voulu accorder que onze ; ce qui doit laisser beaucoup de places vacantes en paradis, lis se sont autorisés d’une inscription qu’ils ont interprétée à leur manière : Sancta Ursula Et XI M. V. Ceux qui tiennent pour les onze mille vierges ont traduit: Sainte Ursule et onze mille vierges. Mais nos critiques assurent que cette interprétation est fautive et erronée, et veulent que l’on traduise sainte Ursule et onze martyres vierges.
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Amoureux transi - 02-11-2010
Amoureux transi.
Cette expression, dont on se sert pour désigner un amoureux timide, novice, froid, fait allusion à un ancien usage des justiciables volontaires de certaines cours d’amour, espèces d’énergumènes qui avaient fondé, sous le règne de Philippe V, une société ou confrérie nommée la ligue des amants, dont l’objet était de prouver l’excès de leur passion par une opiniâtreté invincible à braver les ardeurs de l’été et les glaces de l’hiver. Dans les chaleurs extrêmes, ils allumaient de grands feux pour se chauffer et ils ne sortaient de chez eux qu’enveloppés d’épaisses fourrures; au contraire, quand il gelait à pierre fendre, ils se couvraient très légèrement et allaient par le froid, par la neige ou par la pluie, soupirer à la porte de leurs maîtresses, où ils se tenaient jusqu’à ce qu’ils les eussent aperçues, étant parfois tellement morfondus et transis dans l’attente, dit un vieux chroniqueur, qu’on entendait claquer leurs dents comme les becs des cigognes : la crainte des catarrhes et des fluxions de poitrine n’était rien pour eux auprès du plaisir qu’ils paraissaient prendre à baiser la serrure ou le verrou de cette porte. Ils avaient pour se distinguer certaines devises et certaines démonstrations d’une singularité extraordinaire. Tel confrère élisait son domicile à l’enseigne de la Passion, rue du Sacrifice, paroisse de la Sincérité ; tel autre demeurait sur la place de la Persévérance, hôtel de l’Assiduité
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Un amoureux est toujours craintif - 02-11-2010
Un amoureux est toujours craintif.
Ce proverbe, usité chez beaucoup de peuples, est traduit du vingtième article du Code d’amour : Amorosus semper est timorosus. Il s’explique très bien par les réflexions suivantes tirées de divers endroits du Discours de Pascal sur les passions de l’amour. « Le premier effet de l’amour c’est d’imposer un grand respect, l’on a de la vénération pour ce qu’on aime. Il est (c’est) bien juste : on ne reconnaît rien de grand comme cela. » ? « Dans l’amour on n’ose hasarder de peur de tout perdre ; il faut pourtant avancer; mais qui peut dire jusques où. L’on tremble toujours jusqu’à ce qu’on ait trouvé ce point. » ? ll n’y a rien de si embarrassant que d’être amant et de voir quelque chose en sa faveur sans l’oser croire ; l’on est également combattu de l’espérance et de la crainte. Mais enfin la dernière devient victorieuse de l’autre. »
II y avait en langue romane un proverbe analogue : Qui non tem non ama coralmen, c’est-à-dire : Qui ne craint pas, n’aime pas cordialement.
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Sont aussi bien amourettes, Sous bureaux comme sous brunettes - 02-11-2010
Sont aussi bien amourettes,Sous bureaux comme sous brunettes.
La brunette était une sorte de fin drap de soie de couleur brune, dont les personnes de qualité s’habillaient au treizième siècle, tandis que le bureau ou la bure était une étoffe grossière de laine à l’usage des gens du commun. De là ce proverbe qui se trouve textuellement dans le roman de la Rosé, pour signifier que l’amour étend également son empire sur toutes les conditions et qu’il n’a pas moins de charmes dans les petites que dans les grandes.
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D?oiseaux, de chiens, d?armes, d?amours, Pour un plaisir mille douleurs. - 02-11-2010
D’oiseaux, de chiens, d’armes, d’amours, Pour un plaisir mille douleurs.
Ce vieux proverbe, qu’on trouve dans le grand Testament de Villon, atteste combien les anciens seigneurs français devaient prendre à c?ur tout ce qui concernait la fauconnerie, la vénerie, les tournois de la galanterie, quatre objets importants de leurs occupations et de leurs goûts. ? On sait qu’ils professaient un culte chevaleresque pour les dames et qu’ils regardaient l’oiseau, le chien et l’épée comme des symboles qui caractérisaient les prérogatives de leur rang. Quand ils voyageaient, ils avaient toujours leur chien favori auprès d’eux, l’épervier surle poing et l’épêe au côté. S’ils étaient faits prisonniers dans quelque combat, la loi ne leur permettait pas d’offrir pour rançon ces attributs de leur noblesse, mais elle leur laissai! la faculté de livrer des centaines de paysans de leurs terres.
Le fait suivant, rapporté par Abbon de Saint-Germain dans son poème latin sur le siège de Paris, est encore une preuve frappante de l’importance qu’ils attachaient particulièrement à leurs oiseaux. Douze gentilshommes près de périr dans la tour du PetitPont, à laquelle les Normands qui l’assiégeaient avaient mis le feu, donnèrent la volée à leurs autours pour les empêcher de tomber entre les mains de ces barbares, qu’ils jugeaient indignes d’une si précieuse conquête.

